Bon, pour commencer et en étant un peu impoli, on va dire que c'était un sacré bordel!
Ce midi, après avoir déjeuné, nous mettons le cap vers l'embarcadero, le front de mer (ou plutôt le front de baie) de San Francisco. La flamme olymique doit partir de là là sur les coups de 13 heures. Plus nous avençons vers Market street, la principale artère de SF, plus les badauds se font nombreux. L'importante communauté chinoise de la ville est massée derrière les barrières de sécurité avec des drapeaux aux couleurs du pays. Soudain, les premiers manifestants font leur apparition, vêtus de T-shirts blancs avec "Team Tibet" ou "Free Tibet" inscrit dessus. Il sont quelques dizaines, puis quelques centaines, puis plusieurs milliers. Arrivés en bas de Market street, c'est deux véritables clans qui semblent s'affronter: les pro-Chine et les pro-Tibet. Les uns brandissent des drapeaux rouges, les autres des drapeaux du Tibet ou des pancartes faîtes maison. Il y a des jeunes, des vieux, des bébés en poussette, des chiens, des hippies, des skateurs, des latinos, des tibétains... Vers le stade de base-ball, quelques-uns en sont même venus aux mains, mais rien de bien méchant. Des vieux papis chinois, très fiers que leur pays accueille les jeux olympiques, déversent leur colère sur les manifestants qui hurlent: "Shame on China!!!".
Il y a un monde fou, impossible de faire passer la flamme au milieu d'une telle foule. Quelques policiers passent en moto ou en vélo, mais la plupart sont posés contre les barrières avec leur café ou filment même les manifestants avec leur caméra vidéo personnelle. Franchement, les flics de SF sont on ne peut plus cool.
13h30: toujours aucune flamme à l'horizon. Les manifestants sont de plus en plus nombreux, arrivent de partout, certains déguisés en singe, d'autres des bougies à la main, d'autres sur des vélos farfelus, d'autres encore dans un char en carton. En face du Ferry Building, un concert à la limite de la nullité à lieu. Petit à petit, la foule déboule et organise un contre-concert: certains tapent sur des tambours, d'autres soufflent dans des trompettes.... Au milieu de tout ça, un grand dragon déambule. Le chanteur du concert officiel ne s'entend même pas chanter! Comme d'habitude, San Francisco c'est vraiment n'importe quoi!
Ils ne sont pas vraiment malins non plus ces organisateurs, ils choisissent SF alors qu'ils savent très bien que c'est la ville de la contre-culture, de la protestation et de la liberté d'expression. Un policier nous dit que l'on n'est pas prêt de voir la flamme. Elle a quittée le stade en empruntant un tout autre parcours. Elle est passée par un hangar, puis dans un quartier miteux au sud de la ville, puis on l'a embarquée à bord d'un camion-bateau jaune complètement ridicule que l'on voit circuler de temps en temps dans les rues de la ville. Pour les organisateurs, c'était de toute manière la seule solution, car si elle était passée au milieu d'une telle foule de manifestants, elle n'aurait pas pu faire deux mètres! En toute honnêteté, il devait bien y avoir trois ou quatre fois plus de manifestants sur l'Embarcadero que de simples spectateurs.
D'après les journaux télévisés, la flamme serait bien parvenue à l'aéroport au terme d'un parcours chaotique. Les manifestants ont gagné: sans heurts ni violence, ils ont réussi à mettre un gros grain de sel et a perturber la cérémonie de bout en bout. Au final, personne n'aura vu la flamme, mais les manifestants auront réussi à se faire entendre.
Voici quelques photos de la journée
Ben et Yann